
Je t'écris une dernière fois. C'est une promesse. Tu ne verras plus mon écriture gémir. Je ne te soufflerai plus mes mots. Ma plume grince, blesse la page, l'encre coule et le papier saigne... Elle trace mes derniers mots, mes ultimes syllabes. Je force mes lettres pour qu'elles ressemblent à des phrases. Face à ce papier blême qui prend une couleur mortelle, les mots suintent,
se bousculent, se plaignent, se posent puis s'immobilisent. Je les vois silencieux attendant leur sort,leur moment de lecture. Mon cœur est un sablier qui goutte tout l'amour que j'ai eu pour toi. Cet amour qui n'est plus, qui m'a abandonnée. Je suis comme ça, j'éveille l'amour, l'élève, le voit grandir,
puis dès qu'il peut valser et déplier ses ailes,
je l'étouffe, le tue et l'abandonne. C'est son destin depuis la nuit des temps. J'ai lu les larmes dans tes yeux et j'ai contemplé leur pâleur J'ai vu trembler tes mains et j'ai suivi leur désarroi J'ai écouté le rire nerveux de tes lèvres et j'ai entendu leur dernier soupir. Mais rien ne peut me retenir, je m'en vais, je dois suivre mon chemin. Ce n'était qu'un arrêt, le temps d'un sifflet. La locomotive grogne, la vapeur bave,
le train se met en marche...
Je ne peux pas le rater...Je dois m'en aller...
Adieu...